« Je ne fais que des cauchemars, et ce n’est pas ma faute.

Il n’y a qu’à regarder autour de nous et on s’aperçoit vraiment que le monde est cauchemaresque.

Mais si je le dénonce en tant que cauchemar, il se peut que le cauchemar disparaisse. »

 

[E. Ionesco, interview du 14 mars 1960 pour RTF.]

Histoire

         Sous une situation d’une apparente tranquillité se trame un film d’horreur de série Z qui ne s’arrêtera que lorsque les maîtres de maison seront remplacés par leurs convives. Chez les Smith, l’atmosphère est glaçante. Leurs invités naïfs aux tendances amnésiques, Mr et Mme Martin, sont reçus par une bonne diabolique capable de s’enflammer pour un ancien amour de bac à sable. Le temps est le gardien fou de tous ces personnages aussi fantasques qu’inquiétants qui sombrent dans la monstruosité à mesure que les rênes du langage leur échappent.

une inspiration puisée dans les series Z

                 Les personnages veulent coûte que coûte donner l’impression d’évoluer avec aisance dans l’absurdité de la situation et du langage, même s’ils semblent toujours en équilibre, prêts à se laisser happer par la folie à force de paraître sans se donner le droit d’être. Le suspens réside dans la recherche acharnée et abrutissante, de « normalité » pour feindre la bonne intégration à la société et le « normal » devient inquiétant quand il est subit. Les genres sont flous, les gestes intempestifs, les meubles inconfortables et inadaptés à leur usage. C’est à partir de ce jeu ambigu et sarcastique que nous sommes allés puiser nos inspirations dramaturgiques dans un genre cinématographique qui joue tout autant de dérision : les vieux films classés « série Z ».

La musique cadre la pièce et structure le suspens, elle ponctue les dialogues et soigne l'intrigue qui n'existe pas. Parfois elle traduit les pensées et les émotions des personnages, parfois elle soutient l'absurdité du texte allant jusqu'à dynamiter le sens d' une situation pour mieux renforcer l'absurde.

Note d'intention

La mort du langage ou la mise en scène de la « tragédie du langage »

 

      Les mondanités hypocrites trouvent toute leur inutilité dans un langage incohérent qui ne raconte plus rien. On assiste, impuissant, à la « tragédie du langage ». On parle pour combler le vide, cacher les angoisses existentielles ; on n’a rien à se dire donc on ne dit rien, mais avec des mots. Le langage devient monstrueux, il peut dévorer celui qui l’utilise jusqu’à le transformer en un être privé de vie et de liberté. Serait-ce la punition de la Cantatrice chauve dont le fantôme plane au-dessus des silences gênés des Smith et des Martin ? Le capitaine des Pompiers, comme un petit enfant, l’évoquera naïvement au détour d’une gaffe fatale pour les deux couples. Elle est «Celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom », le monstre du cauchemar, peut-être…

 

Une anti-pièce, un anti jeu

       Qualifiée par l’auteur « d’anti-pièce », La Cantatrice Chauve ne tient pas les promesses d’une pièce de théâtre classique et déjoue les codes établis en faisant apparaître les ficelles d’un art jusqu’ alors grandiloquent. Perdus dans la tour de Babel du langage, les personnages n'ont pas de psychologie précise, ils ne sont rien que des états intenses instant après instant. Ils se complaisent, s’énervent, boudent, se désirent, se déchirent, se vexent. Sans age ni profil sexué pour certain, ils se ressemblent, s’opposent, se fondent, se perdent dans le langage pour finir par s’anéantir. D'ailleurs, Ionesco a imaginé sa scène finale comme "un déchaînement paroxystique".

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